Dir. Denis Salas, Paris, AFHJ/La Documentation française, n°37, 346p.
Si la justice est mal connue, c’est qu’elle est orale, c’est-à-dire qu’elle passe par la parole, les gestes, les postures, les regards, bref, des échanges éphémères et peu visibles du public. Ce flux temporel n’inscrit pas les audiences dans la durée faute de traces suffisantes. Il est absorbé par les procédures expéditives, les appareils d’écriture, les savoirs juridiques. Le dossier, qu’il soit numérique ou de papier, règne en maître. Le rituel judiciaire s’appauvrit. L’absence fréquente de publicité ajoute à cette mise en sommeil.
Pourtant l’image du procès, qu’il s’agisse du dessin d’audience ou du film, peut lui redonner une seconde vie. L’image de la justice n’est pas la justice. À l’inverse d’une audience, sa temporalité est longue. Elle donne à voir et à entendre le rituel et le rôle de ses officiants. Elle libère l’œuvre de justice d’un temps sans mémoire. Elle lui restitue sa durée réelle, sa densité émotionnelle. Hors de l’empire de l’éphémère, l’image ouvre les portes de la justice.
Le voyage dans l’histoire de l’oralité judicaire que propose ce recueil témoigne de la permanence, par-delà ses métamorphoses, de « la voix vive » d’un dialogue entre les juges et la société de son temps…