In memoriam
Notre ami Jean-Pierre Royer, doyen honoraire de la Faculté de droit de l’Université de Lille II, est décédé le 15 mai 2026 à l’âge de 91 ans. Membre du comité scientifique de la revue Histoire de la justice, membre d’honneur de l’AFHJ, il en avait été le lauréat par l’attribution du prix Malesherbes en 1996, pour la première édition de son œuvre maîtresse : Histoire de la justice en France, PUF, 1995. Cet ouvrage, qu’il avait voulu collectif à partir de la 4ème édition en 2010, est devenu au fil du temps la référence incontournable d’une discipline qui renouvelait l’approche des historiens de droit en s’ouvrant à l’interdisciplinarité1.
Après sa thèse L’Eglise et le Royaume de France au XIVe siècle d’après le « Songe du Vergier » et la jurisprudence du Parlement (LGDJ, 1969), Jean-Pierre Royer a été reçu à l’agrégation d’histoire du droit en 1970, dans la même promotion que son ami Bernard Durand, avec lequel il s’est initié au droit colonial. Sa carrière universitaire a été marquée par ses travaux pionniers et la dynamique collective qu’il a su constamment renouveler après avoir créé en 1985, avec sa collègue Renée Martinage, le Centre d’histoire judiciaire de Lille II, devenu une Unité mixte de recherches (UMR) labellisée par le CNRS2. Il a, très tôt, beaucoup apporté à l’étude historique et politique de la magistrature, avec La société judiciaire depuis le XVIIIe siècle et Juges et notables au XIXe siècle3.
La magistrature européenne progressiste lui doit l’organisation à Lille, en 1982, du premier grand colloque européen, dont les Actes ont été publiés dans Etre juge demain4, suivis d’une recherche comparative pionnière, ainsi que par la création de l’association MEDEL (Magistrats Européens pour la Démocratie et les Libertés5). Jean-Pierre Royer, universitaire respecté et engagé, qui croyait en la jeunesse étudiante et en la justice a multiplié les vocations et siégé dans onze jurys du concours d’entrée à l’Ecole Nationale de la Magistrature. Superbe orateur, il a séduit, durant plus de trois décennies, des amphithéâtres de l’ENM en donnant envie aux jeunes magistrats de servir une institution rénovée sans forcément ressembler à leurs aînés.
On retrouvera dans des Mélanges qui lui ressemblent, Figures de justice, études publiées en l’honneur de Jean-Pierre Royer6, les contributions de toute nature qui lui sont consacrées et sa volumineuse bibliographie. L’homme de culture et du bien-vivre entre amis, l’homme du livre, de la musique, de la peinture, l’homme qui aimait les citoyennes et les citoyens, l’amoureux de la Révolution française s’enflammait pour défendre tout à la fois Marie-Antoinette et Robespierre. Jean-Pierre Royer, qui avait horreur de l’injustice, s’est passionné pour l’avocat-gladiateur Fernand Labori défendant Dreyfus7. Sa dernière conférence, pour l’AFHJ, à la Cour de cassation, a été consacrée au procureur André Mornet coupable d’avoir fait condamner à mort Mata-Hari8. Jean-Pierre Royer admirait Robert Badinter, mais aussi le bâtonnier de Chaumont, Robert Bocquillon, qui avait eu le courage de défendre Patrick Henry devant la cour d’assises de Troyes, et il est allé, discrètement, des années durant, visiter des détenus en maison centrale. Son dernier article publié a été celui écrit dans Les chemins de l’abolition de la peine de mort, consacré aux femmes, parmi lesquelles on retrouve évidemment ses chères Marie-Antoinette et Mata-Hari9.
La disparition de Jean-Pierre Royer, le grand juriste du « gai savoir » universitaire, l’homme qui aimait toutes les libertés, laisse ses amis devant un grand vide. L’AFHJ adresse à son épouse, Danièle, ainsi qu’à toute la famille du Professeur Jean-Pierre Royer, ses très sincères condoléances.
Jean-Paul JEAN
Président de chambre honoraire à la Cour de cassation
Vice-président de l’AFHJ
Bibliographie (Travaux de Jean-Pierre Royer)






In Memoriam (Hommage de l’Association des historiens des Facultés de droit) : https://assohfd.fr/in-
Vidéo : entretien donné par Jean-Pierre Royer en 2022 (CLAMOR/Criminocorpus) :